| Pierre Mendès France |
Notre lycée porte, depuis le mois d’octobre 1983, le nom de Pierre Mendès France. Ce nom lui fut donné en présence des Présidents Habib Bourguiba et François Mitterrand, comme le rappelle la plaque commémorative posée à l’entrée du bâtiment de l’administration. Ce choix ne doit rien au hasard car non seulement les deux hommes d’Etat présents lors de l’inauguration avaient côtoyé et apprécié Pierre Mendès France, mais ce dernier a profondément marqué l’histoire tunisienne et française. Et si «PMF» n’a passé que 7 mois à la tête du gouvernement français, en 1954-1955, sa personnalité, son action et sa droiture ont laissé une vive empreinte et font de lui l’un des hommes politiques les plus remarquables du XXème siècle.
| Jeunesse, formation et début de l’action politique de Pierre Mendès France |
Issu d’une famille d’origine juive d’ascendance portugaise, Pierre Mendès France est un élève brillant, sérieux et travailleur, qui développe tôt une forte conscience politique : bachelier à 15 ans, il s’engage en politique à 17ans, à Gauche (au Parti Radical). Pour lui, la citoyenneté ne peut être qu’active. Le début de sa carrière est en fanfare : plus jeune avocat de France (à 19 ans), plus jeune député (en 1932), plus jeune ministre (dans le deuxième et éphémère gouvernement Léon Blum de 1938). Comme PMF le disait lui-même : «On m’a loué d’être le plus jeune député ou le plus jeune secrétaire d’Etat ; en fait, c’est à l’école que j’ai pris de l’avance, le reste a suivi». A méditer. Député au moment de l’armistice de juin 1940, il est incarcéré par le régime de Vichy. Il s’évade en 1941 et rejoint les Forces Françaises Libres à Londres, et commence par participer aux combats en tant que pilote. Mais de Gaulle l’appelle vite à ses côtés, comme commissaire aux finances. Par la suite, il représente la France à la conférence de Bretton Woods, avant de devenir ministre de l’Economie nationale en 1944. Mais en désaccord sur l’orientation à donner à la politique économique, il démissionne en avril 1945. A l’Assemblée Nationale, dès 1950, il dénonce très vivement l’engagement militaire français en Indochine. Après une première tentative infructueuse pour former un gouvernement en 1953, il est finalement investi Président du Conseil avec une forte majorité, le 18 juin 1954, quelques semaines après la défaite française de Diên Biên Phu. Il dirigera le gouvernement pendant à peine plus de sept mois, mais son passage aux affaires sera l’un des temps forts de l’histoire de la IVème République, voire de l’histoire de France du XXème siècle.
| Pierre Mendès France Président du Conseil (18 juin 1954 - 5 février 1955). La question de Tunisie |
Il choisit une équipe restreinte, jeune, de techniciens (François Mitterrand est ministre de l’Intérieur). Dans son discours d’investiture, il se donne trente jours pour faire aboutir les négociations de paix sur l’Indochine, et dit son intention de renouer le dialogue avec les nationalistes tunisiens. Cela aboutit le 20 juillet 1954 à la conclusion de l’accord de Genève qui met fin au conflit en Indochine et reconnaît le partage du pays en deux. Après le dénouement de la crise indochinoise, il engage des pourparlers qui préparent l’émancipation de la Tunisie. La situation y est explosive, en particulier à cause de l’intransigeance des différents gouvernements qui l’ont précédé. Ainsi, en 1951, le gouvernement Pleven a totalement rejeté le plan du Bey de Tunis qui conduisait à l’autonomie interne. Va s’ouvrir alors «une ère de répression et de résistance» selon les mots du leader nationaliste Habib Bourguiba, chef du Néo-Destour, parti indépendantiste. Ce dernier va être déporté sur l’île de Galite (nord de Bizerte), puis sur l’île de Groix. Là encore, Pierre Mendès France va faire montre d’une politique volontariste pour régler le problème en Tunisie. Il faut souligner qu’il a déjà des contacts favorables avec certains militants du Néo-Destour, qu’il a défendus en 1952 en tant qu’avocat. Il fait prendre contact avec Habib Bourguiba qui donne son accord au projet de Mendès France : reconnaissance par la France de l’autonomie interne de la Tunisie, et transfert des responsabilités par étapes, en conservant une association étroite entre les deux pays. Pierre Mendès France choisit de se rendre lui-même à Tunis, le 31 juillet 1954, pour annoncer son projet. Et c’est au Palais de Carthage qu’il va prononcer son célèbre discours, où il déclare que «l’autonomie interne de l’Etat tunisien est reconnue et proclamée sans arrière pensée par le gouvernement français». Ce discours sera accueilli avec beaucoup d’émotion en Tunisie, ainsi qu’en France, à l’exception des partis de droite et des colonialistes. A la suite de son voyage à Tunis, Pierre Mendès France fera libérer les leaders du Néo-Destour, promulguera une amnistie et lèvera les interdictions touchant ce parti et sa presse. Par la suite, les négociations connaîtront un ralentissement, en particulier sur des questions liées au contrôle de la police tunisienne, et au statut des troupes françaises stationnées en Tunisie.
| La chute du gouvernement Mendès France (5 février 1955) et la suite de son action politique |
Les choix politiques courageux de Pierre Mendès France rencontrent une hostilité croissante à l’Assemblée Nationale, en particulier sa politique tunisienne et algérienne. Le 5 février 1955, au terme d’un débat sur l’Afrique du Nord, son gouvernement est renversé. Mais sa vie politique ne s’arrête pas là. En particulier, il s’opposera à la mise en place de la Constitution de la Vème République par de Gaulle, et fera une apparition remarquée lors des événements de mai 68 (au stade Charlety), ces deux engagements provoquant de vives critiques. Gravement malade après 1972, il prendra ses distances avec la vie politique française, mais ce travailleur infatigable va choisir d’œuvrer en faveur de la paix au Proche-Orient : il organise des conversations secrètes entre Palestiniens et Israéliens (1976) et rencontre Sadate et Begin à Jérusalem en 1977. Il meurt le 18 octobre 1982, à sa table de travail.
Charles de Gaulle s’était fait une «certaine idée de la France». Pierre Mendès France, patriote tout aussi intransigeant, nourrissait une certaine idée de la politique. Pure. Idéale. Il a incarné et représente toujours l’éthique en politique.